Bilan culturel de 2017

Ouh le beau passage à vide rencontré sur le blog cette année … Je me suis même demandé si ça valait le coup de le continuer, car l’arrivée d’Instagram à grandement bouleversé l’univers des blogs, encore plus des petits comme le mien. Je vous ai d’ailleurs demandé via un sondage dans les stories Instagram si ça valait le coup de continuer et de mémoire (car je n’ai pas sauvegardé les réponses, petite maligne que je suis), vous avez été 60% à répondre « oui », ce qui n’est pas énorme, beaucoup d’entre vous ne lisent plus que les réseaux sociaux. Vous êtes aussi une grande majorité à préférer les articles « Lifestyle » que « Culturel », ce qui me brise un peu le coeur je dois l’avouer. 95% d’entre-vous veulent des articles déco et mode, ma grande résolution de 2018 donc !

J’ai donc décidé de laisser une chance au Jolly Roger, mon petit bébé malgré tout, mais de tenter de trouver un équilibre entre « lifestyle » et « culture », et ce, également sur Instagram. Défi, défi ! En attendant, alors que j’hésitais à le faire, j’ai décidé tout de même d’écrire le « Bilan culturel » pour la troisième année consécutive ! (Voir 20152016 ici)

J’ai vu en concert / comédies musicales :

  • Bror Gunnar Jansson
  • Christophe
  • Notre-Dame de Paris
  • Aladdin (au Prince Edwards à Londres)
  • Matilda (au Cambridge Theater à Londres)

Et au théâtre j’ai vu : 

  • L’instant décisif (la beauté du geste)
  • L’opéra de quat’sous
  • Les fourberies de Scapin
  • Les petites filles par A + B
  • Nina, c’est autre chose
  • Les bienveillantes
  • F(l)ammes
  • Apocalypse-café
  • Vangelo
  • Les bacchantes
  • Night Schlafen ( Mahler projeckt)
  • Amour et psyché
  • Baal
  • 20 000 lieues sous les mers
  • Les bas-fonds
  • Alice

D’après mon compte Sens Critique j’ai vu au cinéma  121 films – dont trois durant la nuit Joe Dante à la cinémathèque et 20 films durant le Festival International du Film d’Amiens – et tous supports (cinéma, téléchargement, Netflix, DVD et Blu-ray) 223. Si j’en crois mon Goodreads, j’ai lu 61 livres, en réalité un peu plus, car j’ai dû étudier des tapuscrits ou parfois j’ai eu la flemme de renseigner des livres qui n’existaient pas dans Goodreads.

J’ai fait pas mal de musées et d’expositions, je suis allée une fois à Amsterdam et trois fois à Londres (et alentours), ce qui est plutôt chouette et qui nous donne envie à Joris comme à moi, de continuer de visiter les pays alentours. Et les grandes villes de France aussi, notre bonne résolution de 2018 !

J’ai eu aussi envie d’écrire sur mes réussites de 2017, car à chaque fin d’année je déprime en me disant que je n’ai rien accompli, or, c’est faux. Car j’ai :

  • Écrit un mémoire de 160 pages
  • Validé mon Bac + 5 avec la mention Bien
  • Appris à développer mes pellicules photo et j’ai désormais mon propre labo photo qui tient dans un panier à linge Hema
  • Fais une petite tournée de théâtre « ADN » de Dennis Kelly, une bien chouette expérience qui me donne encore envie de continuer en tant que comédienne
  • Eu mes premiers contrats d’enseignante de théâtre
  • Eu mes premiers cachets d’Intermittente, alors certes, je n’aurais jamais mon statut mais hey !

Et ce n’est pas si mal non ? Je garde mes bonnes résolutions et mes projets pour moi, pour le moment, mais je peux vous dire que l’écriture et la photographie auront une très grande place dans mon année 2018.

Merci à cell.eux qui lisent encore les blogs et qui passeront ici ! Promis on est bien ! 

I am not a witch de Rungano Nyoni

En compétition au 37e Festival International du Film d’Amiens, I am not a witch est également passé par la quinzaine des réalisateurs, sans remous ou si peu. Et pourtant, du remous, il en a provoqué en moi, ce petit film zambien. Premier long-métrage de la réalisatrice Rungano Nyoni, travail issu de la Cinéfondation, loin des codes du cinéma africain qui arrive jusqu’aux spectateurs européens, dont moi, totale néophyte en ce qui concerne ce cinéma-là.

I am not a witch, c’est l’histoire, aux airs librement adaptés de la chèvre de Monsieur Seguin, d’une petite fille accusée d’être une sorcière. Ne niant pas les faits, par ignorance probablement, elle est évacuée fissa vers un camp de sorcières qu’on lui propose de rejoindre sinon elle sera transformée en chèvre. Cette enfant jusqu’alors sans prénom est baptisée Shula par la bande de femmes qui l’ont adoptée et évolue dans ce camp, sans en prendre aucun plaisir. Et pour cause, chacune des femmes est attachée dans le dos avec pour marge de manœuvre, quelques dizaines de mètres de rubans blancs, et transportent avec chacune avec elles leur grosse bobine de laisse. Assignées, telles des esclaves modernes, aux travaux harassant des champs les femmes ordonnent que Shula, trop jeune encore, puisse se reposer. Pas con, l’officier du gouvernement décide d’utiliser la petite fille pour démasquer les méchants. À elle de désigner les coupables, voleurs et autres petits criminels, sa parole étant souveraine. Bah oui, puisque si la vérité sort toujours de la bouche des enfants, imaginez donc si en plus, c’est une sorcière ! Par la suite, elle rencontrera la femme de l’officier du gouvernement, superstitieuse à souhait et ancienne sorcière (damnée à transporter sa laisse, sans néanmoins la porter), parvenue à se libérer de ses chaines, sans se transformer en chèvre, par le mariage. En devenant une femme « bien » et « éduquée ». À eux deux ils souhaitent transformer Shula en petite poule aux œufs d’or, lui apprenant, entre autres la « danse de la pluie », pour séduire les blancs-becs de l’administration, touristes et villageois crédules.

Présenté parfois comme une comédie, le film ne m’a jamais fait rire, ni même sourire. Spectatrice d’un drame inévitable, bien trop attachée à Shula pour accepter le destin qui lui était réservé, je me sentis, comme la petite fille et ses chaines, prise au piège, ligotée sur mon fauteuil à voir ces femmes qui, par superstition, ne se révolteront presque jamais contre cette société injuste. Ce camp de sorcière est absurde, mais crédible. Et rappelle le terrible camp au Ghana, attraction préférée des touristes. Eux que l’on voit également dans le film, demander à une Shula en pleurs et abandonné depuis plus d’une journée, de faire un selfie avec eux. Le destin de cette attachante Shula bien qu’inévitable est fascinant, refusant cette condition d’esclave, elle coupera ses chaines pour s’enfuir vers l’horizon. Tant pis pour le spoil, mais rappelez-vous ce qui est arrivé à Blanquette, la chèvre de Monsieur Seguin. Dans ces temps ou l’obscurantisme est de mise, en Afrique, comme toutes les régions du monde, I am not a witch rappelle, à sa façon, le formidable ouvrage de Margaret Atwood et le traitement réservé aux femmes, La servante écarlate. Le film est servi par une photographie magnifique que l’on doit à David Gallegos (L’étreinte du serpent, Ciro Guerra, 2015), qui s’attarde sur les sublimes paysages zambiens, sans toutefois les transformer en cartes postales animées pour touristes en manque de savanes. Shula, peu bavarde, est interprétée par l’incroyable Maggie Mulubwa, enfant repérée par hasard, pas comédienne pour un sou, comme pour la plupart des acteurs de ce film. Et c’est peut-être pour cela qu’on y croit autant.

Pour la deuxième fois en une semaine de festival, après le réussi Marlina, la tueuse en quatre actes (dont je vous parle sur Fais pas genre !), les hommes sont de nouveaux tournés en dérision, pour mon plus grand plaisir. Les femmes refusent, et chacune à leurs façons, la société patriarcale encore bien trop en vogue, en Europe, Asie, Afrique et ailleurs. Avec pour même question de fond : Comment être femme et libre aujourd’hui ?

Solange et les vivants

Qu’on se le dise, les youtubeurs envahissent le grand écran, souvent pour le pire, mais parfois pour le meilleur, c’est ainsi que Solange, de la chaîne Solange te parle, nous offre une comédien existentielle dont pourrait raffoler en théories, bobos et parisiens gauchos. J’ai découvert Solange sur le tard et je n’ai pas tout de suite accroché au personnage à vrai dire, je ne savais pas ou s’arrêtait le faux, où commençait le vrai, et la mise en scène de cette personne m’agaçait terriblement. Jusqu’à ce que je me renseigne un peu plus et que je comprenne qu’effectivement, Solange est un personnage, crée de toutes pièces par Ina Mihalache, Québécoise d’origine, qui met en scène la vie de ce personnage au débit de parole particulier. Solange est donc bel et bien fictive et devient d’un coup, d’une rare poésie, faisant tour à tour des bilans culturels, l’amour avec Paris ou pipi dans la nature. Parfois triste, souvent soucieuse, le personnage s’interroge sur la vie et ses caprices. Si chaque pastille vidéo ne dure pas plus de vingt minutes au maximum, que pourrait nous apporter de plus, un long-métrage d’un peu plus d’une heure ?

commence par une Solange, qui après avoir retranscrit de curieuses conférences pour gagner sa vie, mène probablement durant son temps libre, une étude comparative des différents moutons de poussières selon les pièces dans lesquelles ils se forment, avant d’être interrompue par un livreur, charger de lui remettre un colis spécial, quelle refuse de rencontrer n’ayant rien commandé. Fortement émue par ce qui semble être son premier contact humain depuis des semaines, Solange s’évanouit. Inquiets, ses médecins et propriétaires se chargent de lui trouver de la compagnie pour qu’elle ne soit plus jamais seule au cas ou un tel incident se reproduit. C’est ainsi que défile, dans la vie de la si solitaire Solange, une galerie de personnages, jamais dans l’extrême ni dans la caricature, dont une jeune mère et son bébé, l’ancien amant de l’héroïne, qui est introduit par une délicieuse discussion sur l’art du cunnilingus et la manière de s’y prendre mieux par la suite. Suivra un clubbeur, un pompier, une prof de yoga et même les trois accords (un peu les Joyeux Urbains Québécois, hyper connus dans leur pays d’origine, contrairement aux Joyeux Urbains ici, que vous devriez écouter). Ces personnages gravitant autour de Solange , pour la plupart acteurs non professionnels, l’aide à se sociabiliser à nouveau et à chercher d’elle-même le contact humain par la suite. Comment ? Grâce à YouTube. Et c’est ainsi que Solange et les vivants, devient le prequel du personnage phare du YouTube français.

Alors qu’on pourrait s’attendre finalement à un petit film branchouille pour jeunes trentenaires mélancoliques, Solange et les vivants s’apparente au final, par petites bribes successives, aux formidables films de Benoît Delepine et Gustave Kervern (Saint-Amour, Mammuth, Le grand soir ou encore Louise-Michel), laissant les non-comédiens improviser et faire avec ce qu’ils ont, leurs faiblesses comme leurs forces. Montrant des corps encore authentiques ou de vraies personnes que la vie aurait pu, ou a, abimées (je pense notamment à cette formidable Françoise, loin d’être jeune, mendiant dans la rue le jour et chantant sa tristesse dans les bars la nuit) et une jolie scène de projection mentale au Quebec, pays d’origine de Solange / Ina, avec les vrais parents de cette dernière. Ce qui contribue d’ailleurs à embrouiller encore plus le public, ne sachant faire la distinction entre Solange et Ina. Assister à la naissance du personnage de YouTube n’est en soi qu’un surprenant accessoire, dont on aurait pu se passer, donnant à la fin de ce très court long-métrage, un goût de justification de la part d’ Ina Mihalache. Notons également que le film est « chapitré » par protagonistes, et se transforme donc en petit film à sketchs, l’artiste ne sortant finalement pas tant de sa zone de confort youtubesque, ne durant pas sur la durée et à la réalisation simple, sans prises de risque finalement. J’espère toutefois que Ina Mihalache coupera le cordon avec Solange et nous proposera par la suite des courts ou longs-métrages plus aboutis sans perdre cette poésie qui lui sied si bien.

juste sorti en DVD chez BlackOut (le film était disponible jusqu’alors en téléchargement sur Itunes) et proposant des bonus déjà disponibles sur le net (Des sketchs de Solange cités dans le film, le journal de bord du tournage), Solange et les vivants est peut-être un joli cadeau à faire à votre neveu, qui ne jure encore que sur Godard et Chantal Akerman (dont se revendique Ina Mihalache) en première année de licence de fac de cinéma.

On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier

Tout les mois j’essaie de lire un ouvrage qui m’interroge et me permet de pousser ma réflexion sur le féminisme contemporain. Cet été j’ai lu On ne naît pas grosse de Gabrielle Deydier, et je ne vous cache pas que ce fut une lecture assez pénible. Mais ne vous méprenez pas, l’autrice est douée, le livre est très bon, mais mon empathie malheureusement à été exacerbée durant ma lecture et m’a fait grandement relativiser sur mes dix kilos de trop.

Gabrielle Deydier est la fondatrice de Ginette le mag, à 37 ans elle se livre sans tabous dans son ouvrage autobiographique. Victime de la grossophobie depuis son adolescence, elle raconte qu’elle s’est sentie grosse avant de le devenir réellement et alternant, de ce fait, régimes, TCA et agressions autant physiques que verbales. À travers son témoignage et celui de plusieurs militantes féministes et anti grossophobie (notamment Daria Marx),  l’autrice nous force à nous confronter aux violences quotidiennes que la société, et nous, infligeons aux personnes dont l’IMC dépasse la norme imposée. Et ce n’est d’ailleurs pas un acte d’une extrême violence que le livre commence, lorsqu’une jeune fille lui hurle au visage qu’elle est grosse en la filmant, et ça continue, dans la rue, chez ses parents et là où nous sommes finalement, le plus vulnérable, dans les cabinets médicaux. Ce n’est pas nouveau, c’est rare de trouver du personnel médical bienveillant (je n’ai toujours pas trouvé de gynécologue qui ne me parle pas comme on parlerait à une enfant par exemple) et à l’écoute, et d’après le témoignage poignant de l’autrice, encore plus lorsqu’on est en surpoids. Puisque ce gras qui nous entoure est forcément le « père de tous les vices », et pas l’inverse. Pendant 146 pages Gabrielle Deydier ne s’excuse pas d’être grosse, comme elle pu le faire dans vie, elle ne s’invente pas d’excuses quant à son obésité, bien on contraire. L’autrice se libère de ce poids et livre sur papier les injonctions sociétales qu’elle refuse. Non elle ne passera pas par la sleeve ou le by-pass, non elle ne cédera pas aux régimes hyperprotéinés qui détruisent la santé.

Le dernier chapitre « Ou sont les gros » est très important et m’a beaucoup touché, puisqu’en tant que comédienne, si je suis en surpoids j’ai le droit aux rôles de la fille « pulpeuse » ou de la « meilleure amie célibataire, mais rigolote de l’héroïne principale du film ». Les rôles de filles grosses sont donnés à des filles minces qui mettent en danger leur santé et leur métabolisme de base en suivant des régimes destinés à les faire grossir. Ca fout les boules on est d’accord ? Dans ce chapitre Gabrielle Deydier énumère le peu de grosses qu’elle a pu voir sur le petit ou grand écran, la plupart ayant énormément maigri par la suite. Et c’est encore plus triste comme constat. 

En bref, ce petit article sur ce blog que je refuse d’abandonner malgré tout, qui j’espère vous donnera envie de vous procurer cet ouvrage, que vous soyez mince, en surpoids, obèse ou ce que vous voulez, parce que c’est toujours bien de lire sur des sujets qui ne nous touchent pas forcément, ou de loin. D’ailleurs si vous avez une lecture féministe à me conseiller, concernant un féminisme pas forcément blanc ni athée, je suis tout ouïe  !